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Maurice Zilliox, directeur des soins à l’hôpital de Jury, milite pour une psychiatrie à ciel ouvert, des espaces plus fonctionnels et logiquement contre l’enfermement et les forteresses. Photo Olivier TOUSSAINT.

Si la psychiatrie en Moselle devait être définie à l’aune de l’état structurel de l’hôpital de Jury, les mots durs ne manqueraient assurément pas. Sortis de terre en 1973, les 56 bâtiments dispatchés sur soixante hectares sur les hauteurs de Jury, bien à l’écart, font peine à voir. C’est pire pour la configuration qu’ils offrent à cette psychiatrie qu’ils ont à servir. Car on ne le sait que trop peu, mais architecture et soins de la maladie mentale sont étroitement liés. Autant dire que le ravalement de façade annoncé du site hospitalier de Jury (RL de samedi) qui durera entre cinq et dix ans, va changer la donne de demain. Maurice Zilliox, directeur de soins à Jury, est une des nombreuses voix militant pour une psychiatrie à ciel ouvert, un malade réinséré dans la cité…
La psychiatrie cloîtrée à l’hôpital n’est pas vraiment votre tasse de thé. Vous étouffez ?
Maurice Zilliox : « La psychiatrie a longtemps rimé avec enfermement et mise à l’écart. On a construit des hôpitaux loin des villes. Ces schémas ne sont plus acceptables, les paradigmes doivent changer. Avant d’être un malade, on est un citoyen dont la place est dans la cité ».
Il faut fermer les hôpitaux ?
« À tout le moins baisser le nombre de lits. Nous sommes en retard, l’Italie, pour ne citer que ce seul exemple, n’a plus d’hôpitaux psychiatriques. Des relais ont été créés afin que le malade mental soit soigné dans la cité. Les patients vont dans des centres de consultation, près de chez eux, où il existe des lits de crise, au cas où. Sinon, ils consultent et rentrent chez eux. Cette politique est mise en œuvre dans d’autres pays, dans certaines de nos villes aussi, et ça fonctionne. Le réseau autour du patient est important et dès qu’il se "déstructure", les alarmes s’activent très vite autour de lui car le boucher, le boulanger, tout le monde le connaît ».
Vous nous dites donc que l’hospitalisation est néfaste ?
« Dans le jargon médical, on constate ses effets iatrogènes, c’est-à-dire occasionnés par le traitement. L’hospitalisation crée une situation de cocooning ; le patient se sent évidemment mieux car en sécurité, mais il se désinvestit totalement, ce qui est négatif lorsqu’il doit se confronter à nouveau à la réalité. On ne peut plus construire des forteresses, le malade doit être pris en charge par tous les acteurs de la société ».
Les grands travaux de Jury vont donc rimer avec fermeture d’unités, baisse du nombre de lits ?
« Non mais il ne va pas augmenter. Quant aux unités, certaines ont déjà migré vers l’extérieur. Ceci dans un objectif des plus logiques : travailler avec tous les organes de l’extérieur et faire accepter le patient. Le développement de structures alternatives à l’hospitalisation doit vraiment être notre priorité ».
D’où un Jury nouvelle génération envisagé plus ouvert, plus spacieux, plus vitré, plus agréable quoi !
« Un travail sur la répercussion de l’architecture sur le patient a été fait et les constats sont sans appel : plus on est en groupe, reclus, plus les potentiels d’agressivité augmentent. À l’hôpital, les patients sont également privés temporairement de liberté alors les espaces dans lesquels ils évoluent doivent être adaptés. Permettre la prise de décision notamment. Lorsqu’il arrive chez nous, le patient délirant est protégé de lui-même en même temps que nous protégeons les autres de ses actes. Mais dès que le traitement agit, le malade retrouve du pouvoir alors il doit pouvoir circuler dans l’établissement à sa guise sans représenter un danger pour les autres. Cela passe, assurément, par des structures plus ouvertes en même temps qu’elles sont contrôlées. Notamment grâce aux nouvelles technologies ».
« On a construit des hôpitaux loin des villes… »
En plus des 18 bâtiments de soins sur les 56 implantés sur les hauteurs de Jury, 18 autres structures ont été construites en extérieur pour permettre aux patients de bénéficier de simples consultations. Jury privilégiant l’hospitalisation même si l’ambulatoire y est également beaucoup pratiqué. Chaque année, ce sont ainsi 12 000 patients qui sont pris en charge dans l’ensemble de ces structures. Le tout couvrant les 2/3 du territoire de la Moselle.
« C’est compliqué de prétendre soigner de manière ouverte dans un milieu fermé. Il nous faut donc tendre vers l’effacement de tous ces signes d’enfermement . La psychiatrie en France a une histoire qui nous ramène à cette notion de protection de la population. Ça ne peut plus être ça ».


Saada SEBAOUI
extrait du RL du 07/09/2017
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