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Suite aux attentats, la prise en charge des victimes de chocs psycho-traumatisants devient une réalité et une priorité. À Metz, Pascal Pannetier est le référent de la Cump, le bras armé du Samu quand il s’agit de psychologie.

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François Braun, chef de service des urgences de l’hôpital de Mercy, et Pascal Pannetier, psychiatre, référent de la Cump (cellule d’urgence médicopsychologique) en Moselle. Photo Gilles WIRTZ


Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la cellule d’urgence médico-psychologique (Cump) ?
Pascal PANNETIER, psychiatre et référent de cette cellule en Moselle : « Cette cellule prend en compte les blessés psychiques. Elle intervient sur les événements psycho-traumatisants. »


Quand a-t-elle été mise en place ?
P. P. : « Ce dispositif d’urgence a été mis en place par Xavier Emmanuelli sous Chirac, suite aux attentats de la station de métro RER Saint-Michel en 1995. On a pris en compte les blessures psychiques et pas uniquement physiques. On s’est rendu compte qu’il n’y avait pas que les blessés de guerre. Il n’y avait jusqu’alors pas de coordination pour les blessures psychiques. »


Comment s’organisent les Cump ?
P. P. : « Chaque département a une organisation. Je suis le référent en Moselle. Ce sont des personnels de psychiatrie mis à disposition du Samu. » François BRAUN, chef du service des urgences de l’hôpital de Mercy : « La Cump est le bras armé du Samu. La mobilisation de cette cellule est systématiquement déclenchée par un médecin régulateur du centre 15. » Quand décidez-vous de l’envoi de psychiatres sur une urgence ? P. P. : « Cela dépend de différents critères. Du nombre de victimes, de l’émotion. À Fameck par exemple, suite au décès d’un enfant, nous avons été demandés par le maire quelques jours après les faits. On peut être sollicité par les élus, les médecins scolaires, la préfecture… Mardi matin, nous sommes intervenus à Rohrbach-lès-Bitche suite à un braquage où plusieurs personnes ont été menacées de mort. »


Des morts, des situations traumatisantes se déroulent pourtant tous les jours…
P. P. : « On ne psychiatrise pas le deuil mais on intervient précocement pour prévenir le stress psychosomatique. »


Qu’est-ce que le stress post-traumatique ?
P. P. : « C’est une maladie mentale qui intervient suite à un événement traumatogène. Le patient peut développer six mois plus tard des troubles très importants, comme des reviviscences, c’est-à-dire qu’il revit les mêmes scènes avec la même intensité. Ces événements déclenchent des anxiétés intenses ou des évitements. Les accidentés de la route, par exemple, ne parviennent plus à conduire, c’est très invalidant. »


Vous intervenez dans l’immédiateté. Comment peut-on soulager des chocs psychologiques dans l’urgence ?
P. P. : « Quand nous sommes intervenus à Paris, à la Salpêtrière, lors des attentats de novembre par exemple, les gens sortaient du chaos complet. Il s’agit de les recueillir. Certains criaient, d’autres étaient hagards. Nous ne sommes pas là pour les contenir, nous les prenons en charge dans des endroits confidentiels. Il s’agit de mettre des mots pour ne pas rester sur des images. Dans le cas de mutisme, nous restons à côté d’eux, pour les amadouer, les réintégrer dans le monde des vivants. »


Vous les aiguillez ensuite vers d’autres services pour des soins plus longs ?
P. P. : « Dans les 48 voire 72 heures après la première intervention, il y a ce qu’on appelle le débriefing. On organise individuellement ou en groupe constitué une seconde rencontre pour poursuivre le travail de parole. Ensuite, nous les aiguillons vers des services adaptés, des psychiatres qui peuvent prendre en charge le stress post-traumatique. Dans les attentats parisiens, 40 % des personnes risquent de développer un stress post-traumatique. »


La professionnalisation du groupe est-elle importante ?
F. B. : « Pour nous, Service d’aide médicale à l’urgence (Samu), il est impératif de travailler avec des professionnels formés. Les secouristes peuvent repérer les personnes à risque mais pas les prendre en charge. La prise en charge sanitaire immédiate est fondamentale pour éviter le stress post-traumatique qui peut devenir chronique. »


Avec les attentats, la prise en charge psychiatrique d’urgence est-elle amenée à se développer ?
F. B. : « Lors du retour d’expérience avec la ministre de la Santé, les spécialistes parlaient de garrots, de gestes de soins d’urgence. Une victime a alors demandé qui s’occupait de l’hémorragie émotionnelle. Aujourd’hui, la doctrine consiste à faire venir la Cump tout de suite, plus seulement en deuxième rideau. On cherche à renforcer le réseau de volontaires. »


Anne Rimlinger-Pignon  - Républicain Lorrain du 04 mars 2016
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