Plusieurs médecins responsables de départements d'information médicale (DIM) dans des établissements publics de santé mentale (EPSM) ont appelé à mieux prendre en compte les exigences spécifiques à la psychiatrie en termes de dossier patient informatisé et de recueil des informations à l'échelle des groupements hospitaliers de territoire (GHT), lors des 7es Journées nationales de l'information médicale et du contrôle de gestion en psychiatrie.

Ces journées ont été organisées à Caen les 27 et 28 septembre par l'Association des établissements participant au service public de santé mentale (Adesm) et la conférence nationale des présidents de commission médicale d'établissement (CME) de centre hospitalier spécialisé (CHS).

Elles étaient centrées sur la place de la psychiatrie dans les départements de l'information médicale (DIM) de territoire et pour le dossier patient informatisé (DPI), dans le cadre de la convergence des systèmes d'information des GHT.

Alors que les GHT doivent s'équiper d'applications informatiques uniques par domaine fonctionnel d'ici 2021, le Dr Christophe Schmitt, médecin DIM du CH de Jury et Lorquin (Moselle), a relevé qu'en terme de DPI, "les problématiques de la 'réa' sont différentes de celles du SAU [service d'accueil et de traitement des urgences] et de celles de la psychiatrie".

Il a insisté sur le fait qu'en psychiatrie, "le schéma classique 'un séjour, un intervenant, un acte'" ne fonctionnait pas, du fait des "actes multi-intervenants et multi-participants, […] hétérodoxes par rapport au MCO [médecine, chirurgie, obstétrique]", ainsi que "des prises en charge simultanées", une hospitalisation complète associée à un suivi en centre d'accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP), par exemple. Évidemment, les soins sans consentement sont spécifiques à la psychiatrie, a-t-il ajouté.

Christophe Schmitt a également insisté sur "la confidentialité [qui] est une notion particulièrement sensible en psychiatrie". Les professionnels ont par exemple beaucoup d'informations sur les proches du patient. De plus, la maladie mentale est encore l'objet de discriminations, ce qui fait que le partage de l'information peut être spécifiquement problématique.

Parmi les spécificités propres à la psychiatrie, il a cité le recueil d'information spécialisé en psychiatrie (RIM-P, voir encadré ci-dessous) pour décrire et tracer l'activité. Par exemple, "concernant les soins sans consentement, le DPI doit nous assurer la production des certificats [médicaux rendus obligatoires par la loi], la gestion de l'échéancier des certificats, la visibilité du mode de soins du patient à tout moment de sa prise en charge, et la gestion des pièces administratives", a-t-il décrit.

Concernant l'isolement et la contention, aussi, "il faut des fonctionnalités dans le DPI pour tracer la décision, la surveillance médicale et infirmière, l'alimentation du registre prévu [par la loi] […] et puis le Fichcomp [fichier de consommation de spécialités pharmaceutiques]", a-t-il égrené.

Il a également cité la gestion informatisée des Apap (antipsychotiques à action prolongée), "l'enjeu majeur de l'intégration de la prescription de médicaments en ambulatoire", et l'adaptation des actes de soins inscrits dans le DPI à la psychiatrie.

Risques de régression informatique

Christophe Schmitt s'est aussi interrogé sur le "degré de partage de l'information nécessaire pour améliorer la prise en charge des patients à l'échelle territoriale, entre établissements spécialisés en santé mentale et MCO.

Pour finir, il a insisté sur le fait que les établissements publics de santé mentale (EPSM) étaient "largement en avance" sur la création des dossiers informatisés "par rapport aux hôpitaux généraux". "Et je ne vous parle pas des CHU…" Il a appelé ses collègues à faire valoir ce fait dans leurs discussions au sein de leur GHT.

Il a souligné que "la majorité des EPSM ont choisi un DPI spécialisé en psychiatrie" et que le risque, si l'on applique à la lettre les obligations sur le DPI unique, "c'est une régression en termes de fonctionnalités et d'ergonomie".

"La réflexion concernant l'intégration du DPI dans le SI [système d'information] convergent du GHT doit être un élément fort dans la stratégie SI du GHT", a-t-il conclu. Et "ce n'est pas gagné…"

DIM de territoire et psychiatrie

En plus d'un système informatisé convergent, les GHT doivent se doter d'un DIM de territoire, rappelle-t-on. Un collège de médecins responsables de DIM de territoire a d'ailleurs été créé sous l'égide de la Fédération hospitalière de France (FHF, voir dépêche du 18 avril 2018).

Intervenant lors des Journées nationales de l'information médicale et du contrôle de gestion en psychiatrie, Philippe Paradis, responsable du département d'information et de recherche médicale de l'EPSM Lille métropole, a mis en avant les "enjeux forts pour la psychiatrie à l'aune de la naissance des DIM de territoire".

"'Médecin DIM de territoire', et non pas 'médecin DIM de GHT'...", a-t-il souligné. "Médecin DIM de territoire, car cela veut dire que nous sommes, nous souhaitons être, les médecins responsables de l'analyse, de la gestion, de l'information médicale des territoires, et pas simplement des médecins DIM d'un traitement de PMSI [programme de médicalisation des systèmes d'information] des établissements de santé", a-t-il souligné.

Car "le médecin DIM [ne doit pas être] simplement le grand effecteur du PMSI. Il y a une autre vie dans l'information médicale que le PMSI", a-t-il ironisé. "Donc, pour nous, en psychiatrie, il y a une autre information que le RIM-P [recueil d'information spécialisé en psychiatrie]", a-t-il ajouté.

Dans le cadre du collège des médecins DIM, "nous avons réussi à exiger qu'il y ait, dans le bureau, une représentation des DIM de territoires des quatre GHT de psychiatrie, pour essayer de porter l'intérêt de l'information médicale en psychiatrie et de rappeler en permanence à ce collège, à ces structures qui veulent être les dépositaires du traitement de l'information des données de santé sur les territoires, la spécificité de la psychiatrie", a-t-il assuré.

Le RIM-P "pas à l'ordre du jour du questionnement des DIM de territoire"

François Paradis a rapporté les résultats d'une enquête lancée par le collège par mail le 28 août auprès des 135 DIM de territoire. Le nombre de retours reçus est de 38, deux médecins DIM ayant précisé qu'il n'y avait pas de psychiatrie dans leur GHT.

A la question "est-ce qu'il y a une commission identifiée chargée de la psychiatrie" au niveau du DIM de territoire, sept sur 10 assurent que non. En revanche, à la question "est-ce que vous avez un DIM dédié à la psychiatrie ?", les répondants ont dit oui à 77,8%. "Est-ce une force ou une faiblesse ?", a interrogé Philippe Paradis. Certes, le DIM dévolu à la psychiatrie a "la compétence", mais "s'il est tout seul dans sa bulle...", a-t-il émis.

Autre question posée: "Existe-t-il une analyse spécifique des données issues du RIM-P à l'échelle du GHT ?". "La réponse est non, sept fois sur 10. Cela veut dire que le RIM-P n'est pas à l'ordre du jour du questionnement du DIM de territoire", a-t-il analysé.

Concernant le DPI unique, 67,7% des répondants ont assuré que leur GHT n'avait pas fait ce choix-là. De plus, à la question "comment la spécificité de la psychiatrie est-elle envisagée ?", six sur 10 ne répondent pas à la question, a résumé Philippe Paradis; 15,8% assurent aller vers un "DPI unique à gestion spécifique" et 10,5% vers un DPI unique.

Enfin, une question était posée sur la perception de la qualité du RIM-P. Scores sans appel: 66,7% la jugent insuffisante et 14,8% très insuffisante. Et, à la question "avez-vous mis en place un programme d'assurance qualité des données du RIM-P couvrant tout le champ de la psychiatrie?", 77,8% répondent non.

Des évolutions du RIM-P en discussion

L'Agence technique de l'information sur l'hospitalisation (ATIH) travaille actuellement avec les professionnels de la psychiatrie sur plusieurs évolutions du recueil d'information spécialisé en psychiatrie (RIM-P), afin d'améliorer la qualité des données du répertoire, a-t-on appris lors des Journées nationales de l'information médicale et du contrôle de gestion en psychiatrie.

Ces réflexions portent sur le parcours du patient, les nouvelles technologies de l'information et de la communication, la mesure de l'autonomie des patients et les prises en charge particulières, a précisé le Dr Anis Ellini, médecin du département d'information médicale (DIM) à l'ATIH.

Il s'agit notamment d'arriver à retracer les parcours des patients qui sont suivis en ambulatoire et en centre médico-psychologique (CMP), pour lesquels le numéro d'identification usuel en MCO (médecine, chirurgie, obstétrique), à savoir le numéro ANO, n'est pas renseigné, alors qu'il permettrait de faire le lien avec des prises en charge hospitalières ou en ville. Des réflexions portent également sur la description des prises en charge séquentielles, et sur l'intégration des actes de télémédecine dans le RIM-P.

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